29 décembre 2009

Hidentité Nationale, l'interview (3)

Consanguin : Poursuivons, cher Docteur. Le grand débat foireux sur l'identité nationale a presqu'aussitôt débouché sur une stigmatisation de ceux dont les consanguins ne veulent pas, c'est-à-dire tous les autres. En particulier, les clandestins, les africains, les musulmans. A ce titre, la loi d'interdiction des burkas est systématiquement associée au débat par nos ténors, comme le symbole d'une réaffirmation de l'identité nationale. La nation, l'identité, autant de termes qui reviennent de loin. 

H. Grüber : C'est vrai. Ce renouveau nationaliste, ce patriotisme en plastique, réarmé, prêt à en découdre, est paraît-il menacé de mort par les chansons d'Orelsan et la world food. Certes, des gauchistes agitent le spectre de 14-18, la grande boucherie nationaliste, ou celui des pogroms, mais de votre point de vue de fiottes consanguines piaulant sur vos blogs, ce renouveau nationaliste, c'est la planche de salut. D’ailleurs, vous vous découvrez des alliés au-delà de certaines frontières. Après les danois qui font des courbettes à Geerts Wilders, les Suisses gueulent tout haut qu’ils veulent supprimer quatre minarets qui gâchent leurs cartes postales.

L'appel à la prière.

Consanguin : Aaaah, la votation suisse. La suppression de quatre minarets. Même nous autres, fachos français, fûmes surpris de ce "référendum" suisse.

H. Grüber La Suisse, ce petit pays souvent exemplaire en matière de conservatisme et de compromission, a donné il y a peu l’exemple de ce sur quoi pourrait déboucher le débat gouvernemental actuel. Des « valeurs ancestrales » étant rappelées (le chocolat et les banques opaques, j'imagine), on doit élaguer ce qui ne s’inscrit pas en harmonie avec elles. Des « racines judéo-chrétiennes » étant mentionnées, on doit faire toutes les entorses possibles à la laïcité – en avançant, comble d'un rafraîchissant cynisme, des raisons architecturales qui ne s’appliquent toutefois ni aux clochers de la Sainte Eglise, ni aux antennes Bouygues.

La Suisse, ça vous fait parler. D’ailleurs les plus amusants des consanguins du moment, les islamo-allergiques, ont sauté sur l’occasion : pour eux, ces quelques helvêtes frileux et xénophobes sont les « derniers hommes libres ». Curieusement, les suisses la ramènent plus en 2009 contre le "fascisme vert", qu'en 1939 contre le fascisme brun. ça doit être une question de couleur...

Consanguin : Les Suisses sont un exemple pour tous les consanguins. Mais revenons-en, je vous prie, à l’identité nationale.

H. Grüber : Mais bien sûr, puisque c'est votre obsession. A quoi peut servir un débat de cet acabit ? L'objectif du consanguin, il n'en a pas d'autre, c'est de claironner des charades infâmes et de les présenter en "conclusions" auxquelles tout le monde est prié de parvenir. Parce qu'une fois qu'on aura défini ce qu'est l'identité nationale, on pourra envisager une nächsten Schritt.

C'est ce qui est fun avec les instincts identitaires : c'est aussi inflammable que pavlovien. Les prochains débats seront donc probablement encore plus orduriers, mais c'est le but. Un Grenelle de l'identité nationale, et ensuite ? Un débat sur l'orthodoxie sexuelle, peut-être. Sur la pureté raciale. La rectitude religieuse. La "nature civilisationnelle", à laquelle on sera prié de se conformer.



Consanguin : On ignore à quoi ça ressemblera, mais la conclusion sera la même : "les ennemis intérieurs sont ceux que nous désignons, ils sont responsables de vos maux, et contre eux nous pouvons tout faire".

H. Grüber : C'est votre espoir, certes. Seule inconnue à ce jour : quel sera le sort de ceux qui ne se coulent manifestement pas dans le moule de cette identité nationale en voie de cristallisation ? Quid de ceux qui parlent en verlan, portent casquette à l’envers, prient 5 fois par jour ou ne mangent pas de porcs ? Quid de ceux qui méprisent les institutions républicaines et la propagation de l’ordre sécuritaire en cours ? Quid de ceux qui veulent s'organiser en communautés résistantes ou en réseaux alternatifs ? Quid de ceux qui vomissent le pays aseptisé et réactionnaire en voie de consolidation ?

La réponse théorique est simple : qu’ils dégustent ici, ou qu’ils partent ailleurs, loin. Reste à savoir à quoi ressemblera la mise en pratique.

Consanguin : séduisante alternative, qui réjouit toute ordure académiquement nationaliste, et tout petit islamophobe à mèche. Ce qui nous étonne, c'est que l'initiative soit partie d'un gouvernement libéral, dont la vocation est a priori d'abattre nos frontières et de renforcer encore la circulation des populations, sans contrôle ni test ADN, finalement.

H. Grüber : Et à la vérité, comment s’étonner de ce bazar ? La Talonnette n’aime pas les babouches, et ses meilleurs amis s’appellent Balkany ou Hortefeux. Sarkozy ne conçoit l’immigré qu’en petit nombre, travailleur, silencieux et de préférence converti. Et puis surtout, son conseiller en la matière n’est autre qu’un des plus brillants consanguins, l’admirable Patrick Buisson.

Patrick Buisson en chef d'orchestre, sur une composition de Jean-Marie Leborgne. 
Arrangements : Eric Besson.

Consanguin : Patrick Buisson ? Vous voulez dire, l’ancien directeur de publication de Minute ?

H. Grüber : Exactement. Patrick Buisson, c’est « Minute », des chants grégoriens et une curieuse obsession pour la libido des françaises sous l’Occupation. Et vous savez que c'est le politologue le plus apprécié du FN, un « national-catholique ». Avec lui, c’est un petit peu Maurras qui chuchote dans la nuque du président.

En fait, des gens comme Patrick Buisson ou Henri Guaino permettent de comprendre ce qu’est la véritable rupture du sarkozysme : la réconciliation entre droite post-gaulliste et ses démons fascistes, dont je parlais plus haut. Les principaux bénéficiaires de cet aggiornamento, ce sont les consanguins. Ils n’ont plus besoin de voter pour des épouvantails grotesques fans de calembours douteux et d’armes de poing : un ultralibéral fait le boulot. Avec lui, c’est une révolution culturelle qui est en cours, et qui vise à détruire les intellectuels de gauche vautrés dans leurs canapés, les jeunes anars défoncés à l’herbe et les immigrés ivres d’allocations familiales. Puisque les champs politique, économique et médiatique ont été conquis, c’est le champ intellectuel, culturel, qui reste à soumettre. On cherche donc l’ennemi intérieur, et on en trouve plein. De plus en plus.

D’ailleurs, Buisson n’est qu’un conseiller parmi d’autres, mais son existence suffit pour comprendre que l'idéologie nationaliste n'est pas qu'un stratagème électoral pour Sarkozy. Il est piquant de constater que celui-ci s’est également entouré d’un conseiller génétique – lui qui incline à penser que la pédophilie, le suicide ou la dépression relèvent du chromosome. De même pensons-nous que la paresse, le gauchisme, l’islam, l’anarchisme, l'homosexualité sont des tares congénitales. Puisqu'au grand dam d'Eric Zemmour et du FN, les "races" ne sont pas une catégorie scientifique, alors les consanguins déplacent leur suprémacisme sur un plan génétique.


Le radical Patrick Buisson conceptualise, et le zélé Eric Besson exécute. Entre les deux, Sarkozy et ses proches exultent : la gauche s’étrangle de rage mais reste comiquement impuissante. Seuls quelques odieux terroristes corréziens, ces dangereux criminels satanistes, ces égorgeurs d’enfants, ces perfides dynamiteurs de propagande, osent défier leur contrôle judiciaire et appeler à la désobeissance civile. Seuls quelques gauchistes connus de nos services et bientôt dénoncés pour subversion terroriste osent refuser le débat et vilipender ses instigateurs. Imaginez un peu que ce genre d’appel soit entendu ? Imaginez que ça se généralise ? Que les gens truquent les fichiers ? Qu’ils détruisent les caméras de vidéosurveillance ? Qu’ils cachent des clandestins ? Qu’ils continuent à résister au petit toilettage idéologique du pays ?

Consanguin : On en frissonne d'effroi. Que faire devant ce risque d'entrave à la contagion fascisante ?

H. Grüber : Mais la droite actuelle fait tout pour écraser les tentatives d'entraves. Voyez comment elle a organisé la criminalisation des petits anarchotonomes Corrèziens, en les qualifiant de terroristes, dès qu'ils ont dévoilé la trahison par Sarkozy du pacte noué par le Conseil National de la Résistance. Voyez la façon dont les éditocrates et les "républicaniens" essaient de discréditer toute comparaison entre le sarkozysme et le pétainisme, indépendamment des contextes historiques. On envoie même le fidèle Alain Finkielkraut aboyer contre l'horrible crypto-marxiste Badiou.

Le gouvernement perfectionne chaque jour sa machinerie propagandaire. Regardez tout le zèle qu'y met le désopilant Eric Raoult, ce Winnie l'Ourson borgne : apologie de la peine de mort, discours homophobes, couvre-feu pour les mineurs, censure des écrivains... la Krosse Rikolade ! Les députés de la majorité prouvent leur unanimité visqueuse encore tout récemment en proposant qu’on supprime les drapeaux étrangers (tunisiens, algériens ou marocains) lors des mariages en France. Ailleurs, la suggestion ferait sourire. En France, des individus payés par la République ont le cran de rédiger des propositions de loi de ce type. Ou de vouloir faire reculer l’enseignement de l’histoire au lycée dans certaines filières. Rééducation politique ? Non, optimisation des filières scientifiques, à défaut d'autodafé. L’histoire de France devra réhabiliter la colonisation plutôt que s'appesantir sur les flux migratoires qui ont alimenté la population française. Les prochaines réformes sont d’ailleurs déjà programmées. Raboter l’identité individuelle pour coucher un vernis national, voilà un vieux projet qui revit sous les vivas des souchiens.



Consanguin : Ah ça, il suffit de survoler le blog de François Setouche pour saisir à quel point l’extrême-droite profite de ce débat pour hululer sa haine irrationnelle et ses préjugés liquoreux. Frère Scoliose ne perd d'ailleurs jamais une occasion de saluer nos coreligionnaires du portail des gogos des golois.

H. Grüber : Mais rassurez-vous, officiellement, il ne sera toujours question que d’assurer le bien-être et la rentabilité de chacun. Comme l’ont noté les experts de Brave Patrie, « le gros doigt invisible du marché a en effet depuis longtemps permis à chacun de trouver le travail que lui assuraient ses aptitudes spécifiques. Le secteur tertiaire, par exemple, emploie déjà moults Noirs et Arabes. Vous n’avez qu’à appeler la hotline pour entendre leur accent chantant. Les Chinois aiment fumer, voilà pourquoi ils font de meilleurs buralistes ! Et que dire des Tamouls et de leur sens inné pour la gastronomie, qui en font les cuisiniers de la moitié de Paris ? ». C'est ça, le véritable humanisme : attribuer à chacun la fonction qui lui va le mieux. Parce que "l'homme n'est pas une marchandise comme les autres". Nicolas Sarkozy n'est pas un fasciste : c'est un eugéniste social. C'est ça, l'avenir de la ségrégation. Il faut qu'elle soit aussi rentable.

Consanguin : Mais concrètement, quels effets pour ce débat stigmatisant ? Restera-t-il putassier ou deviendra-t-il mortifère ?

H. Grüber : C’est la question à 1.000 euros. Quel type de législation pourrait ressortir d’une initiative aussi stérile et inepte ? Quoi faire après que le pays se soit déchiré pour une question bancale sur un concept fantôme ?

La législation qui doit interdire les burqas en France est typique des stigmatisations institutionnelles auxquelles l'on veut aboutir. Les partisans de cette loi expliquent que ça n'est pas de l'islamophobie, mais la protection des droits de la femme, et ainsi, la protection des droits de l'homme tels qu'on les conçoit en France (dans ton cul, la laïcité, mais passons). Le protection des droits de la femme ? La protection de l'égalité ? Soit. Mais a-t-on voté une loi contre les époux violents qui fragmentent les mentons de leurs femmes ? Il s'agit pourtant bien là d'une forme de violence, résultant d'une oppression masculine.

Seulement dans ce cas, on se réfugie derrière les lois existantes, en expliquant que le code pénal contient déjà l'infraction de coups et blessures. Qu'il n'a donc aucun besoin de sanctionner spécifiquement les violences conjugales. La lutte contre les maris violents ne semble donc pas impliquer qu'on légifère. La protection des femmes battues, la défense de leur égalité, ne mobilise pas spécialement. On a des associations, des numéros verts.

S'agissant de la burqa, en revanche, on estime qu'il faut légiférer, parce que là, l'égalité homme-femme est spécifiquement en danger. On aurait pu imaginer un numéro vert pour épouses musulmanes désireuses de sortir du carcan intégriste de leur mari si celui-ci leur impose de sortir embastillées sous un grillage tricoté.

Difficile ensuite d'affirmer sans rire que la législation anti-burqa n'est pas une loi de ségrégation, mais une loi valorisant l'égalité homme-femme, puisqu'on ne met manifestement pas autant d'empressement à légiférer contre les époux violents.



La palme consanguine du mois revient d'ailleurs au propret petit Jean-François Copé, qui veut interdire tout ensemble tous les voiles (burqa, niqab, hijab) mais aussi les cagoules, les masques, les casques, et grosso modo tous les couvre-chefs qui empêchent nos officiers de police de pratiquer le délit de faciès, ou les caméras de vidéosurveillance de fliquer la populace. Bravo. On sent le petit monsieur pressé de faire plus, beaucoup plus que le petit monsieur actuellement à l'Elysée. Vous avez en France des politiciens décidément désopilants, qui veulent décider de vos atours dans la rue. Que ne cèdent-ils tous plus franchement à leurs pulsions de ségrégation ? Au moins, cela aurait le mérite de la franchise.

Consanguin : il ne faudrait quand même pas que ça aille jusqu'à nous interdire de porter capuche, ou proscrire les cornettes dans nos rues...

H. Grüber : Nooon, rassurez-vous. La laïcité se fait défoncer le derrière sans que ça choque, de nos jours. On veut raser les minarets, pas les clochers. On interdit les voiles islamiques, symboles "d'intégrisme religieux", mais pas les cornettes, "symbole de ferveur chrétienne". Ce sont ces fameuses "racines judéo-chrétiennes" qui permettent d'établir ces distingos. En ligne de mire, la loi de 1905. On finira bien par l'abattre. D'ailleurs, je préfère parler de "racines chrétiennes", le terme "judéo" me plaît moyennement. Il faudra bien rouvrir la question juive, quand on aura clos la "question musulmane"...

Cette notion de "racines" religieuses, c'est l'instrumentalisation du Passé pour nier le Présent, et combattre la mosaïque culturelle qui caractérise les pays démocratiques. Avouez que c'est drôlement efficace, même si ça frise le déni de réalité.

Voilà la démonstration des effets de notre rhétorique consanguine, celle qui innerve aujourd'hui les esprits brumeux et les législations scélérates de nos dirigeants. Le sabir démocratique est un vernis qui pare les entreprises les plus abjectes, et c'est bien là notre force. Les consanguins sont par nature anti-démocrates, mais ils n'ont aucun problème à en détourner le discours.

Consanguin : Et puis, au fond, un mari devrait avoir le droit de marbrer la gueule de madame sans qu'on vienne l'emmerder. Il y a des hiérarchies qui ne se discutent pas. Celle de la race, comme les consanguins n'ont de cesse de l'affirmer. Celle du sexe aussi, évidemment. Et ensuite, Docteur ?

H. Grüber : Probablement, comme le préfigurent certains leaders de la majorité, encore plus de stigmatisation, encore plus de contrôle au faciès, encore plus de reconduites à la frontières, sur la foi des conclusions formatées d'un faux-débat sur les degrés de la ségrégation. Plutôt que de parler de cohésion nationale, cette fadaise qui révulse les consanguins, c’est en parlant d’identité nationale qu’on saura le mieux supprimer ceux qui ne s’y inscrivent pas. Assez des jeunes délinquants qui ne respectent rien et jouent avec des armes en faisant tourner leurs casquettes. Un jour arrivera où l'on ne parlera plus de "dérapage", mais juste de "profession de foi".

Autre dérapage récent, celui de la charcutière de Vesoul, l'adorable, la délicate, la sophistiquée et capiteuse Nadine Murène.






Consanguin : Nadine, aaah Nadine passionne nos ouailles. Miguel Enfoiros, autre éminent spécialise du souchisme, attrape une demi-molle dès qu'il l'aperçoit. Elle sent bon le cochon, parle comme nos épouses, promeut une saine conception de la patrie. Mais il nous faut des héros masculins, des couilles, quoi.

H. Grüber : Considérant que les immigrés, "quand y en a un ça va, c'est quand il y en a plusieurs qu'y a des problèmes". Considérant qu'ils sont "déjà dix millions et qu'ils veulent nous bouffer". Considérant que l'identité nationale, "tu l'aimes ou tu la quittes", il faut donc faire revivre Charles Martel pour qu'il affronte les djinns. C.Q.F.D. Ach, mais je divague.

La stratégie vise bien entendu à détourner la communauté nationale des enjeux économiques et sociaux, comme d'habitude. La recette est éculée. Il s'agit encore une fois de faire diversion, en flattant quelques bas instincts et en désignant des responsables artificiels d'autant plus facilement qu'ils sont souvent les premières victimes du marasme. C'est la politique de l'impotence, qui vire peu à peu à la politique de la potence. On exécutera symboliquement des victimes expiatoires pour éloigner les malédictions banquières ou environnementales contre lesquelles on ne peut ni ne veut rien faire.

Comme le rappelle un de mes collègues ces jours-ci, "si vous êtes au pouvoir et que nous n'arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature. Comme un réflexe conditionné. Mais quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens franaçais, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu'elle a été pratiquée avant guerre". C'est selon moi, chers amis consanguins, ce genre de collègue qu'il faut écraser. Tuer les sentinelles, arracher les yeux des témoins, écarteler les démocrates, brûler vifs les intellectuels, massacrer les gauchistes, génocider les contestataires. Ach, c'est un dérapage, ça ?

Consanguin : non, enfin pas selon nous. En résumé, l'admirable Eric Besson doit poursuivre sa saine démarche d'intoxication nationale au salami frelaté ?

H. Grüber : En résumé, Eric Besson est donc sous pression, car la France présente encore de nombreuses résistances à la saine réidéologisation en cours. Il n’est pas encore possible de stigmatiser au grand jour, mais ça vient doucement. Il n’est pas encore possible de voter des lois de ségrégation, mais le délit de faciès est une réalité. Il n’est pas encore possible de rentabiliser les destinations des charters, mais ont commence à ficher les "origines géographiques". Bref, qu'ils l'assument ou pas, Sarkozy et Besson ont réactivé en France le souvenir du vichysme, du boulangisme, du nationalisme guerrier qui sert tant en période de crise économique et sociale. Besson tient bon, parce que le vote consanguin est crucial aux yeux de Sarkozy, et parce qu’au-delà des régionales, la Droite Dramatiquement Décomplexée veut cette France blanche, catho et réac, cette France murée dans son autarcie autiste, contemplant sans fin sa splendeur passée ou le doux temps des colonies, cette France remplie de petits vigiles et de gros délateurs, ou l’inverse, une France policée, milicée, protégée par des caméras en haut des grillages et de terribles législations d’un autre âge.

Nan mais vous mélangez tout, là. Vous savez qu'on n'aime pas les mélanges, pourquoi vous mélangez tout ? Hein ?

Consanguin : Docteur, en guise de conclusion, qu'est-ce que l'identité nationale ?

H. Grüber : mes amis, vous semblez lents à la comprenette, puisque je viens de vous l'expliquer. Depuis l'affaire Dreyfus, il ne s'agit que de créer un concept creux, un réceptacle, et de proposer un "débat" qui n'est en réalité qu'un "discours". Il s'agit de stigmatiser l'autre. L’identité nationale permet un consensus simple qui consiste à marginaliser une partie de la population pour occulter les inégalités sociales et la combinazione des élites. La fabrication d'un faux consensus autour de l’identité nationale ne permet pas seulement la joie de haïr l’autre, elle procure des plaisirs positifs : en traitant l’immigré comme un être pernicieux.

Mais il n'y a pas "d'identité nationale", il n'y a qu'un "fantasme identitaire". Il est révélateur qu’un pareil débat éclose au moment de la mort de Claude Levi-Strauss. La marée consanguine rencontre moins d'écueils ces temps-ci. Car l’identité nationale prônée par vos dirigeants, et plébiscitée par l’engeance consanguine en tous cas, c'est un pays délicatement décomplexé, doté d'un dirigeant incendiaire, qui dénonce, qui surveille et qui punit les déviants, qui stigmatise, qui fiche, qui flique, et qui à force de déraper part en tonneaux sur du Maurice Chevalier remixé par Bob Sinclar.

Consanguin : Et c’est peu dire que nous nous en félicitons. Merci beaucoup, herr Doktor, de vos réponses. Nous vous laissons rejoindre, je crois, le Professeur Miguel Enfoiros à un gala de bienfaisance. Contre le SIDA en Afrique, n'est-ce pas ?

H. Grüber : Non. Pour."


AFP des flippés

Novopress, le Bulletin des SS - L'agence de presse des fafs nous indique que le monde consanguin continue d'aller de plus en plus mal :

- un terroriste al-qaïdesque a presque-commis un attentat à bord d'un avion reliant Amsterdam, capitale de la débauche européenne, antre du sexe en vitrine et de la drogue en vente libre... à Détroit, capitale négroïde des rythmes binaires et de la musique soul. On s'étrangle d'horreur devant une telle accumulation d'anti-france.

- un mariage gay a été célébré en amérique du Sud, à Ushuaïa exactement, capitale du tiers-mondisme écolo, et nouvelle el dorado de l'homosexualité cosmopolite. On s'étrangle d'horreur devant une telle accumulation d'anti-machisme cocardier.

- un attentat anarchiste a été commis à Athènes, capitale du black-bloquisme alterfrondeur . On s'étrangle d'horreur devant une telle accumulation d'anti-conservatisme.

Les capitales de l'anti-france se multiplient un peu partout dans le monde, et c'est bientôt tout le tissu urbain planétaire qui déclarera sa haine des Traditions françaises, de notre identité hexagonale, nos carrés de vigne et nos raisonnements circulaires.

23 décembre 2009

Hidentité Nationale, l'interview (2)

Consanguin : Le constat est donc unanime, Docteur. Ce débat stérile et survireur n'est, une fois débarrassé de ses justifications ministérielles, que l’occasion idéale de revendiquer haut et fort notre nationalisme bactériologique. Nous stigmatisons avec une vigueur renouvelée et un enthousiasme confiant. C'est inédit depuis des années, mais le pouvoir nous demande d'être "fiers d'être français" (nonobstant le fait qu'il est incongru d'être "fier" ou "honteux" non pas d'une action ou d'un succès, mais d'un état de fait duquel on n'est pas responsable - mais ce sont là d'inopportunes finesses logiques qui nous échappent).  

H. Grüber : Les consanguins sont effectivement les principaux bénéficiaires de ce débat, et à vrai dire, il n’est guère lancé qu'à leur intention. Même le petit Baroin a compris ça. Ailleurs, chez les spartakistes de la bonne conscience, on s’indigne en réunion, on crie à l'opportunisme démagogique, ou on écarte le débat comme une blague carambar, un gadget de plus. On répond que c’est un « non-débat », une démarche propagandiste, une intrusion étatique injustifiée, on refuse même de répondre aux questionnaires rédigés par la rue de Grenelle, en lui faisant des doigts. Les gauchistes sont d'un vulgaire...



H. Grüber : Grâce à ce savoureux débat, comme toujours moqué à l'étranger, les consanguins de toutes chapelles (lombrics souchiens, vermine atlantiste, poivrots nationalistes, identitaires fascisants et monarchistes diarrhéeux) ont trouvé de nombreuses tribunes. Le site gouvernemental dédié au Grand Débat ressemble à s’y méprendre aux commentaires du blog d’Ivan Rioufol, qui ressemble à s’y méprendre au blog de François Setouche. Jackpot ! Les consanguins geignent maintenant tout leur saoûl avec la bénédiction des pouvoirs publics. Ils ânonnent leurs salades sur des plateformes financées par l’impôt – un peu comme si, pour quelques semaines, le 2e tour en 2002 avait finalement tourné à leur avantage. Liberté d'expression, délice démocratique, extase beatnick...

Et comment s’en étonner dans ce contexte de "ré-idéologisation" droitiste ? Les courants politique s'hybrident, comme l’illustre André Valentin, petit maire rigolo qui se dresse seul face aux légions indicibles. Dérapage après dérapage, qui pourrait aujourd’hui faire la différence entre Nadine Morano et Marine Lepen ? Entre Brice Hortefeux et Karl Lang ? Entre Eric Raoult et Bruno Gollnisch ? Qui peut vraiment dire qu’André Valentin n’est pas un vrai frontiste comme on n’en fait plus ? 10 millions !! 10 millions de combattants de l’Anti-France, 10 millions de boat-people, de marabouts et de djihadistes ! 10 millions d’Huru-kaïs qui dévorent vos fils et basculent vos filles ! L'Africain est un enzyme et il dévore la terre d'Europe, comme le sait tout exilé nord-américain défoncé à la Northern Lines.








 Le clonage se poursuit. 

Consanguin : C’est vrai. Et ce mimétisme de la majorité présidentielle à l’endroit des ténors du FN nous emplit d’aise. Après tout, si l’Occident s’effondre, c’est bien parce que certains jeunes parlent verlan et portent leur casquette à l’envers.

H. Grüber : Sarkozy avait ouvert le feu devant les agriculteurs en se répandant sur la « terre de France » comme votre illustre Maréchal avait été le dernier à le faire. Le débat d’Eric Besson sonne comme la récompense et la promotion qu’attendaient les consanguins. La terre et le sang ! De quoi faire frétiller quelques queues atrophiées, ach je dérape.. Et Sarkozy vous a également donné la seconde branche de l’équation en proposant une loi interdisant la burqa. Du coup, même un gros consanguin misogyne peut se découvrir une âme de défenseur des femmes opprimées. 

Résultat : il faut ripoliner l'islam français. Sinon, les gros yeux. Regards insistants vers la porte. Saisie du coude, raccompagnage. L’équation est aussi simple que ça. Remous à tribord : Marine Lepen a aussitôt bondi sur ses ergots pour réclamer d’être reçue à l’Elysée et prôner la politique du tonfa sur la gueule.  Les identitaires beuglent que c'est la reconnaissance de leur thèse. Alors comme ça, tout le monde doit  "pouvoir pratiquer sa religion, mais sans ostentation" ? A la suite de Rioufol, citons dans ce cas les Suisses en exemple : les musulmans doivent raser les minarets, mais tout le monde peut garder les clochers. Dans sa gueule, la laïcité. 

A titre personnel, j'ai toujours préféré l'architecture gothique. Mais en France, on trouve même quelques comiques pour parler d'urbanisme ! Ach, je m'égare. Je disais qu'en France, le contexte politique booste les identitaires qui candidatent aux régionales. Certains écrivains pourront même abandonner le MPF sans regret. 



La dernière convention identitaire, à la Cigale (Paris). Cherchez-vous sur la photo !

Consanguin : Ah les identitaires, les plus purs consanguins d'entre nous ! Chez eux, la consanguinité n'est pas qu'une thèse ou un sacerdoce, c'est une hygiène de vie. On s'y reproduit de  fils en mère. Et quel folklore ! Les sangliers xénophobes, la soupe populaire au lard, les camps scouts pour adultes de 30 ans... Mais cela ne répond toujours pas à la question : quelle est donc cette identité nationale ? 

H. Grüber : Une identité qui réjouit les consanguins : une communauté faite d’exclusions, selon une mécanique simple mise en branle par une élite « népotico-consanguine ».  

L'identité nationale qu'on veut promouvoir, c'est la France de la délation assistée par ordinateur, où les préfectures modernisent les vieilles recettes et proposent des mails de délation automatique et anonyme. C’est la France qui renvoie des afghans vers leur pays en guerre, qui met un terme de facto au droit d’asile et donne l’occasion à deux volatiles de la majorité d'afficher leur délicate sensibilité de médecins du coeur. A cet égard, je ne comprends toujours pas comment le Front National a pu ignorer, pendant tant d’années, le potentiel d’un individu comme Frédéric Lefebvre. Vulgaire, tapageur, cynique et bourrin, c’est aujourd’hui l'un des fers de lance de la réforme des mentalités en cours (les mauvaise langues parlant de lobotomie). Lui-même se rengorge lorsqu'on le qualifie de "porte-flingue" de Sarkozy, nonobstant l'amoralité et l'épaisseur proverbiales des vrais "porte-flingues". 

En 1940, Frédéric Lefebvre et Thierry Mariani auraient peut-être déclaré qu’ils préféraient "les juifs qui avaient le cran d’affronter leur destin, plutôt que de se cacher dans les caves françaises". Ou peut-être pas. En tous cas, on n’avait pas vu une telle miséricorde depuis Sœur Emmanuelle. La France, terre d'accueil, c'est très vendeur dans un dépliant touristique mais ça a drôlement vieilli. A la grande joie des natios et des souverainistes...

D’ailleurs à bien y réfléchir, le droit d’asile est une prime à la lâcheté. Les clandestins qui fuient la pauvreté et la guerre sont souvent des couards et des déserteurs. Nous devons les aider à regagner leur dignité, et leur expulsion participe à ce travail d'édification. Nous sauvons leur honneur, et envoyons des renforts aux Forces de la Liberté. Support our troops. Par humanisme, nous renvoyons donc ces afghans se faire dignement découper par les talibans, les drones US ou les avions Dassault (avouez que l'ironie serait cuisante). Un bon clandestin est un clandestin qui a la décence de mourir dans son pays, voilà en substance ce qu'expliquent certains génies de la majorité.

Consanguin : Merci pour eux. Il est vrai que nous les aimons particulièrement. Mais, l’identité nationale, Professeur ? 

H. Grüber : Oui oui, j’y reviens. Je sais combien ça vous obsède. D'un certain angle, l’identité nationale, c’est la France des couvre-feux pour les mômes de 13 ans fondés sur des chiffres truqués et des mensonges d’état en pagaille, c’est la France où se multiplient les centres de détention, les expulsions de familles, les fichiers de police illégaux. C’est la France de la criminalisation des gauchistes via la loi de 1936, c’est aussi la France de la vidéosurveillance dont les statistiques montrent qu’elle permet d’accentuer la stigmatisation de certaines populations sans réduire d’un iota la délinquance. C’est la France où un obscur pantin bloque la sortie de sa banque pour piéger un clandestin. C’est la France de l’avilissement du langage en propagande creuse, bref, c’est la France qui flirte avec les Hurenkinder et qui aime ça. Ach, je dérape.




"Manpower, les hommes qui travaillent pour les hommes"
(fond sonore : saxo eighties)

Consanguin : Vous nous faites rêver, Docteur. 

H. Grüber : Dans son ancienne vie, Eric Besson avait expliqué, un peu avant l’élection de Sarkozy, que celui-ci avait "rompu avec la droite classique pour reprendre les thèmes, les idées et les projets du Front National". Il est désopilant de voir le même Eric Besson, volontaire et sympa comme tout, mettre en œuvre un prétendu "désarmement" de l’extrême-droite et sa domestication par une droite libérale qui se dit encore « respectable » par pure autosuggestion. 

Au final, ce sont les idées des consanguins qui prospèrent lentement, du troquet misérable au forum délabré, en passant par les sites officiels du gouvernement, les parlementaires et les éditocrates. Ils sont tous là, d’Eric Zemmour à Christophe Barbier, d’Ivan Rioufol à Alexandre Adler, à "contribuer-au-débat-sur-l’identité-nationale" en répétant sans fin que "l’islam-et-la-république-sont-incompatibles", et que les musulmans sont priés de s’amputer d’une partie de leur propre identité s’ils souhaitent appartenir à la communauté nationale. Les polonais ont bien changé leurs noms, non ? 

Consanguin : Pourtant, le pouvoir se défend de vouloir pratiquer l'amalgame. Il parle de valeurs fondatrices, mais aussi de "valeurs universelles", "d'ouverture", "d'humanisme", et de conneries de ce genre - comme si ce type de "valeurs" pouvait être "national". 

H. Grüber : Peu importent les liens de contention que le pouvoir voudrait imposer au débat. Malien animiste, juif sépharade, gauchiste agnostique, arabe musulman, étudiant anarchiste ou militant gay altermondialiste, aucun ne cadre avec la France d’Après rêvée des consanguins. Les airbags dont on veut assortir ce discours déguisé en débat ne changent en rien sa nature. Comment croire dans les vertus démocratiques d'un "débat" national qui ne se traduirait pas en vote ? Il ne s'agit que de créer une ambiance. Préparer les têtes, occuper le temps de cerveau. D'ailleurs, l'identitaire dialogue admirablement avec le sécuritaire. Echauffez les esprits par un discours identitaire, portez-les à incandescence, puis justifiez la répression. Puis validez la répression par un discours identitaire. Et ainsi de suite. Le mouvement perpétuel érigé en "politique de civilisation". Ce qui, forcément, multiplie les sorties de route.




19 décembre 2009

Hidentité Nationale, l'interview (1)

Il y a maintenant quelques semaines, un ministre français, le délicieux Eric Besson, a lancé un débat inédit sur la définition de ce qu’est un français. Une sorte de consultation populaire informelle, consacrée à l’identité nationale française, qui n’est pas sans nous rappeler notre propre enquête sur « qu’est-ce qu’un souchien ». Qui n'est pas non plus sans rappeler d'autres initiatives. Ces notions sont, selon les consanguins, une seule et même réalité : on ne serait français que si on "descend" d'une brutasse à moustache, plus ou moins celte selon les régions. Du moins c'est ce qu'on croit mordicus chez les souchiens. Dans les autres cas, on est "immigré", de 2e, 3e, 15e ou 25e génération, car le statut d'immigré est manifestement génétiquement transmissible... Piaffant d'impatience devant ce débat qu'on dirait bien taillé pour elle, la Confrérie des flippés a interviewé en exclusivité l'éminent Docteur Hans Grüber, consultant du Nationaldemokratische Partei Deutschlands, linguiste et sémiologue post-aryen, qui rentre tout juste d'une cure en Carinthie. Nous lui avons demandé d'éclairer l'actuelle cacophonie nationale, puisqu'il paraît que le débat dérape.


Consanguin : Herr Doktor, merci de nous recevoir pour cet entretien à bâtons rompus sur l'échine d'un altermondialiste. Une question nous taraude : que penser de cette corne d'abondance que le pouvoir déverse sur nos petits crânes d'identitaires xénophobes à haut débit ? L'identité nationale, concept désormais protégé, c'est quoi ?

H. Grüber : On savait le président Sarkozy friand d’affirmation identitaire, puisque le rappel de (ses) valeurs françaises avait été l’un de ses leviers pour obtenir le suffrage consanguin en 2007, avec l’obsession sécuritaire. Aujourd'hui des élections approchent, et ce président a récemment fait l’unanimité contre lui en exposant son népotisme élitiste au grand jour : il fait donc diversion en relançant le chaos français – au moins n’emmerdez-vous personne à l’étranger lorsque vous vous entre-déchirez ainsi sur des sujets complètement cons. 

Et il faut dire que le casting est soigné. Le Ministre de l'Identité Nationale est le digne successeur du colonel Hortefeux. Avec un pedigree de traître puis d'exécuteur des basses oeuvres, et le charisme d'un caporal sanglé de cuir et de certitudes (toutes réglables), Besson étonne avec son passé socialiste. A sa suite, et à l'exception de quelques gauchos droits dans leur bottes et quelques gaullistes rabat-joie, le personnel politique et sa cour médiatique dérapent. Nous les évoquerons plus loin : ça dérape dans tous les sens.

Le dérapage plus ou moins contrôlé devient la norme comportementale, à vrai dire.


Eric Besson, photographié par Leni Riefenstahl rue de Grenelle.


Consanguin : Alors, ce débat sur l’identité nationale, simple manœuvre électoraliste ?

H. Grüber : Oui et non. Oui, parce que ce « débat » est un machin aussi faisandé qu’inutile, et qu’il est donc parfait pour détourner les foules du fantastique aveu d’impuissance des états à dresser les banques qui détruisent des emplois ou les industries qui ruinent l’environnement. Quand on est de droite, il a toujours été plus simple de taper sur le pauvre, d'origine étrangère de surcroît, que sur le riche, banquier et fier de l'être. Les français préfèrent pérorer sans fin sur leurs petites haines minables, et Sarkozy sait comme personne les instrumentaliser à des fins électorales. Il drague donc à nouveau les consanguins, et cherche à aspirer le vote populaire, qui s'éparpille si facilement entre caricature anticapitaliste et saloperie frontiste. J’en veux pour preuve la déconfiture chronique de la gauche française, qui se débat elle-même entre tentation collectiviste et réjouissante veulerie (Manuel Valls milite pour des statistiques ethniques et se plaint de la rareté des « blancos » dans sa circonscription, c’est dire si la « jurisprudence Frèche » continue de prospérer).

Non, parce que ce débat révèle une nouvelle fois quelque chose de plus profond, une certaine ré-idéologisation de la droite au pouvoir. Après plusieurs décennies de gaullisme et d’orléanisme libéral, c’est une variété française du néoconservatisme qui a pris le pouvoir, et qui transforme certaines thèses de la Nouvelle Droite dans les années 90. Cette politique, ça n’est pas tant du « Lepen sans le vieux borgne » que du « Mégret sans le teckel chauve ». C’est dire qu’en matière d’idéologie, la volonté clairement affichée de récupérer l’électorat d’extrême-droite se traduit par une réunification mentale de toute la droite, toute ? Toute, qui a moins honte de ses penchants fascistes. Après tout, la 2e guerre mondiale et la Collaboration, ça date déjà de 70 ans... Et le "devoir de mémoire" devient de plus en plus souvent un "droit de savoir" bien vulgaire et maquillé comme une vieille pute. Ach, mais je dérape.












A la plus grande joie des primotradizionen de fanzine, la France sifflote une vieille chanson rance, dont l'élite politique livre une version 2.0 modernisée, high-tech et clinique. Le débat fait diversion, mais fichiers et vidéosurveillance sont affutés, il ne reste qu’à traquer l’ennemi intérieur. Il est facile à reconnaître, pas besoin d’étoile jaune cette fois : il parle en verlan. Il est souvent jeune, l'ennemi intérieur, culturellement autre, sans poids politique, sans présence médiatique, et facilement reconnaissable à sa capuche ou à sa couleur de peau.

Ci-dessous, deux cas flagrants d'identification de l'ennemi intérieur :


Dis voir, t'es en âge d'aller te battre sur la terre de tes ancêtres, toi. 
Il est où, ton père ? Retire doucement la main de ton guidon. Doucement.



L'islamisation de Fabrice Robert et de Philippe de Villiers ? Selon l'expert André Valentin, de l'Institut de Recherches Robert Redeker, il y a déjà plus de 350  millions de burqas-vampires qui dévorent chaque jour des nourrissons dans les maternités.


Et de confondantes études viennent appuyer cette nouvelle croisade. L’ennemi intérieur n’est pas seulement l’ennemi parce qu’il est à l’intérieur : c’est sa nature d’être l’ennemi, comme en atteste cette découverte scientifique étourdissante. Alors, aujourd’hui les vieux Maréchaux ont la cote, c’est vrai. Le Panzerkardinal songe à béatifier Pie XII : après Mgr. Williamson, c'est à croire qu'il n'aime pas les juifs. L'ambiance est à la détente, alors on fait des blagues salaces. On se vautre sur les fauteuils en se grattant entre les doigts de pieds. On assume sa petite xéno de quartier. On cite des chiffres, on trace des lignes. Et Papon, finalement, c'était peut-être pas si grave. Ach, je dérape.

Bon, Alain Finkielkraut aura peut-être plus de mal à démystifier la Collaboration que la Colonisation, mais on trouvera d’autres imbéciles larmoyants pour faire le job. N'en déplaise aux rappeurs aux casquettes tournoyantes, la nation n'est pas une catin, d'ailleurs on l’aime ou on la quitte. La Droite n’a pas peur des exodes, elle aurait même tendance à réserver les billets d’avion. Et la nouvelle ligne de démarcation est idéologique.

Consanguin : Bien. Toujours notre relation compliquée à l'altérité. Ok. Mais ce débat national-iste a ceci de particulier qu'il vire très souvent à la désignation de l'islam comme menace numéro 1, loin devant les yankees mercantiles et les mondialistes judéo-maçonniques. Non seulement le débat permet la mentalité d'assiégé, mais il y encourage vicieusement. Kiffant, non ?

H. Grüber : L'islamophobie qui reproduit la judéophobie, ce relatif mimétisme est assez souvent mentionné sur Consanguin pour qu'on n'en rajoute pas... Plus prosaïquement, observez bien ceci : lorsqu'une synagogue est saccagée, on parle de renouveau de l'antisémitisme en France (renouveau ? Encore eût-il fallu qu'il disparaisse). Lorsqu'une mosquée subit le même sort, on n'entend moins parler d'islamophobie (sauf par des crétins un peu sensibles, mais regardez-les ces bobos mal rasés qui vantent l'art contemporain et l'esthétique squat, et qui vocifèrent devant une mosquée taggée ou une synagogue éboulée...). A la manoeuvre, il y a ces petits chantres facétieux de l'islamophobie quotidienne, qui convoqueront Voltaire et Racine pour justifier la renaissance d'une forme de ségrégation institutionnelle en France. Des pitres comme Philippe Val, Robert Redeker ou Caroline Fourest, seront un jour distingués pour l'énergie phénoménale qu'ils auront employée à normaliser l'islamophobie. Si l'expression "idiots utiles" a un sens, elle s'applique parfaitement à ces amuseurs post-gauchistes, en tous cas.

Donc oui, les musulmans mangent. Mais l'idée est plus fondamentale, c'est la promotion d'un atavisme, parce que la notion d'"identité nationale" ne remonte qu'à la IIIe République. Tout étranger est visé.  Tout tenait dans l'intitulé du Ministère. Imaginez un Ministère du Déficit et de la Sécurité Sociale. Un Ministère de la Culture et de la Lutte contre le Téléchargement. Un Ministère du Vieillissement de la Population et de l'Homosexualité. Un Ministère des Poissons et des Bicyclettes. Un Ministère du Vice et de la Vertu (ah non, ça c'était un ministère taliban). Un Ministère de l'Identité Nationale et de l'Immigration, ça sonne bêtement vichyste, quel manque de tact.

Consanguin : C’est vrai, mais notre nostalgie grandit à chaque jour qui nous éloigne de la Nation de jadis. De tels ministères sont comme nos madeleines de Proust. Au moins, le Maréchal savait donner aux bons français de quoi ressentir quelque fierté. Nos morts ne s’y trompent pas, qui saluent avec force le brillant Eric Besson. Nous avons lu il y a peu l’exemple de Jacques Doriot et Marcel Déat, qui félicitent chaleureusement le Ministre pour leur réhabilitation. Encore un peu, et ils dormiront au Panthéon.

H. Grüber : Les garde-fous tombent, il ne reste qu’un discours creux, platement anti-fasciste, qui sert le douceâtre terrorisme intellectuel de mes confrères Ivan Rioufol ou Christophe Barbier. A les lire, si on conteste ce nouveau dynamisme sectaire français, c’est parce qu'on a une âme de totalitaire. Tout velléité "progressiste" ou "tolérante" est taxée de stalinisme, et ils agitent volontiers le « Livre noir du communisme » dès que quelqu’un s’indigne de l’évolution des choses. Serge, Jean-François, vous nous manquez. Ach, je m'égare.

A titre personnel, je ne comprends pas pourquoi Eric Besson prend ombrage de la comparaison avec Pierre Laval. C’est un hommage consistant qui lui est ainsi rendu, et qui le fera passer de traître de troisième zone au rang de tête de gondole de la crispation identitaire. Eric Besson devrait rompre une bonne fois pour toutes avec ses vieux scrupules de gauchiste : trahison, délation, sanction des hébergeurs de clandestins, prime à la dénonciation, les activités d'Eric Besson feraient un bon contexte pour un vieux film de guerre. D'ailleurs la Collaboration, était-ce si difficile ? Achh, un petit dérapage, pardon, verdammt !




Consanguin : Ah ne jurez pas, Professeur. Effectivement, c’est une joie sans cesse renouvelée que d’assimiler l’humanisme et le stalinisme. Le goulag, c’est un peu notre point Godwin à nous, quand on ne taxe pas carrément nos ennemis de nazis.

H. Gerüber : Vous autres avez végété dans l’ombre et la honte pendant des années. Mais aujourd’hui, vous trouvez dans les discours présidentiels et les initiatives ministérielles autant de satisfactions ponctuelles que de raisons d’espérer. Vos fantasmes de ségrégation sont réactualisés, on vous caresse la croupe et vous piaulez de plaisir.

On doit se souvenir qu'après la guerre de 40, la droite a voulu conjurer ses démons fascistes, dont la Collaboration avait illustré le dynamisme dans la société française. C’est un peu le « paradoxe français », qui claironne qu’il a inventé les droits de l’homme mais qui s'étrangle régulièrement de spasmes identitaires. Ach, je plaisante ! J'extrapole ! Deutsch Humor ! Le gaullisme a domestiqué la pulsion fasciste étouffée sous un conservatisme bon teint qui a explosé en mai 68. Les orléanistes qui ont succédé au Général se sont concentrés sur l’économie, et la pulsion fasciste a reflué dans quelques cercles confidentiels. Du poujadisme aux salonnards, des néodroitistes enfumés aux  frontistes honteux. On savait encore aboyer, mais on ne mordait plus trop.



BWAGA BWAGA RRAARG BRRAWARG BAWARG BAWARG !!


Consanguin : Nous avons intensément souffert de cet ostracisme dans lequel étaient relégués les fascistes et les skinheads, pendant plusieurs décennies. Encore aujourd’hui, certains d’entre nous convulsent dès qu’on prononce le nom de « Mitterrand ». C'est le nom d'un traumatisme. En l'entendant, certains se mettent à pleurer. Mon cousin est mort de combustion spontanée, et je connaissais un type qui a fondu. On ne pouvait être consanguin que dans l'ombre. Le "progressisme", "l’humanisme" et la modernité nous écrasaient de leur mépris.

H. Grüber : Certes. Et le Front National a fait florès sur le fumier accumulé sous le tapis, mais  la gauche gouvernementale s’en est servie, dans les années 80, pour tenir la bête à distance et diviser la droite parlementaire. C’est un truisme de dire qu’aujourd’hui, la stratégie a fait long feu. Le fascisme rampant crapahute de plus en plus vite, sous prétexte de « libération » du carcan « politiquement correct » des années 90. Coââ, le ventre est encore fécond d'où la Bête immonde a surgi, selon la métaphore adorée des antifascistes en rang par deux.

Car pour s’emparer du pouvoir, Sarkozy a mit un terme à cette diabolisation du facho. Parce qu'en fait, les gars, on est tous frères : un ultralibéral néocolonialiste peut trinquer avec un réac raciste, nan ? Le débat sur l’identité nationale montre une droite conservatrice sensible au lyrisme fasciste par amour de l’Ordre. Là, y a moyen de déraper autant qu'on veut, aucun journaliste de gauche, aucune belle âme ne la ramène, hein. Et quelque part, une castafiore démarre un cantique.



L'hiver rend les routes dangereuses et la politique suintante. 

Consanguin : Voilà d’excellentes nouvelles pour tous les souchiens qui rendent glaires et miasmes sur leurs blogs.  Mais en vérité, Herr Doktor, qu’est-ce que l’identité française ?

H. Grüber : Encore une fois, ça ne peut pas être défini. La question est imbécile. Définir l’en-dedans, c’est aussi définir l’en-dehors, et tous ceux qui n’adhéreront pas à la définition officielle, faussement consensuelle, de l’identité nationale, en seront pour leurs frais. C’est l’exemple parfait d’un débat piégé, mais là n’est pas l’important. D'ailleurs, les ressorts de ce débat fangeux ont déjà été parfaitement expliqués ailleurs

L’important, c’est que ce débat permet aux fafs d’étaler leurs zidées sans la moindre honte, en toute impunité. Qu’est-ce que l’identité française ? La question en soi est originale, en ce qu’une nation est précisément l’agrégation d’une foule d’identités diverses. Les consanguins, fidèles à leur identitarisme crasseux, ont dès lors beau jeu d’étaler partout ce qu’ils considèrent être l’identité nationale, forcément blanche, catholique, réactionnaire et belliqueuse. Le débat de Sarkozy ne peut que favoriser les thèses consanguines, a fortiori s’il est piloté par un « Ministère de l’Identité Nationale ET de l’Immigration » : on ne peut pas se prononcer sur l’une sans se prononcer sur l’autre – et hop, le subterfuge est confondant de vulgarité, mais ça marche. La question posée par le pouvoir sarkozyste n’est autre que « Qui fait tache dans le décor, selon vous ? ». Les plus grotesques imbéciles sont ceux qui prétendent arracher ainsi la question « nationale » à l’extrême-droite.

(A suivre)


Consanguin wants you !

Consanguin wants you !
*** Enrôlez-vous dans le Choc des Civilisations ***

And remember...